Voici l’histoire d’un des personnages qui a rejoint il y a peu, les nombreuses ombres qui s’accrochent à mes pas. Lola Aredhel, humaine venue se perdre en un royaume de Vampires, enlevée comme tous les autres esclaves.
Ce personnage ne peut être copié, m’appartenant de droit et étant réservé au forum Vampire’s Kingdom.
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C’est une poupée qui fait non, non, non, non
Toute la journée elle fait non, non, non, non
Elle est tellement jolie
Que j’en rêve la nuit.
Tic Tac Tic Tac
Ainsi s’égrènent les minutes de mon existence.
Tic Tac Tic Tac
Résonnance illimité, infinie, entêtante.
Tic Tac Tic Tac
La pendule me nargue de son immobilisme constaté.
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La pièce est grise, des murs au plafond en passant par le sol en pierre dure, une lueur unique filtre d’un rideau poussiéreux, recouvrant un vasistas. La porte est fermée, le verrou tiré, des barreaux empêche toute issue par l’ouverture voilée. Accrochée sur une des cloisons, une pendule ancienne marque le temps qui passe, son cliquetis demeurant le seul bruit audible. Dans un des angles de cette prison, car autre mot ne peut être utilisé, un lit en fer forgé trône pitoyable, les ans l’ayant usé plus que de raison. A moitié avachi, supportant un matelas indigne de cette appellation, une couverture pelucheuse olivâtre le recouvre, seule touche de couleur en cet océan de lividité.
Une forme, repliée sur elle même, se trouve en cet endroit, décalée par rapport à la pièce qui l’abrite. La blondeur de ses cheveux est caractéristique, rappelant un grand champ de blé baigné sous le soleil d’un été chaud et agréable. La rondeur de son visage enfantin aux joues bien rouges est digne des baigneurs plus communément appelés poupées. Ses grands yeux ombrés révèlent un fond de tristesse réelle, cachée derrière la transparence de ses yeux bleus, invitation au voyage. Sa bouche est fermée en une moue adorable, trop figée pour être sincère, ralliant la cause des comédiens, rois de la dissimulation et du paraître. Son corps est couvert de fripes tristes, ornées de dentelles déchirées, lambeaux d’une existence incongrue et inutile.
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Tic Tac Tic Tac
Jamais ne s’arrête le temps qui défile inlassablement.
Tic Tac Tic Tac
Viendra le moment redouté du crépuscule.
Tic Tac Tic Tac
L’heure de la promenade de nuit est arrivée.
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Deux bambins vêtus de riches atours ouvrent la porte de la cellule, se précipitent sur la forme immobile, telle une véritable poupée. La saisissant à deux, ils l’entraînent hors de cette pièce emplie du cauchemar du temps, à travers des couloirs gracieusement décorés. Arrivés dans une pièce où s’entassent jouets multicolores, ils abandonnent un court instant la poupée prêt d’une armoire ornée d’un miroir gigantesque. Leurs cris et leurs rires se répercutent sur les murs rosés de cette salle de jeux, leurs petites voix cristallines se disputant la primeur résonnent joyeusement. La petite fille, Adelaïde gagne sur son frère, Melvin, et se presse autour de la poupée mue d’aucun mouvement, seule sa respiration la fait vivante.
La poussant au sol, elle entreprend de la déshabiller avant de choisir une nouvelle tenue dans l’armoire, hésitant longuement. Son choix fait, elle laisse son frère juge qui tel un homme mature frotte sa barbichette inexistante avant d’acquiescer gravement. La poupée à la peau si claire est alors vêtue d’une robe rose bonbon au dessus d’un collant jaune fluo avant d’être redressée et mise en position assise, face au miroir. Adelaïde entreprend alors de démêler la longue chevelure tant admirée, tant enviée de cette poupée grandeur nature, offerte par leur père chéri. Elle tortille, emmêle, démêle, tresse, sépare, rassemble les mèches blondes, inventant une nouvelle coiffure du haut de son tabouret pour surplomber sa poupée. Assis à quelques pas, Melvin opine fréquemment de la tête pour encourager sa sœur, attendant son tour avec impatience.
Adelaïde et Melvin sont deux jumeaux, figés dans leur sixième année depuis plusieurs décennies déjà, grâce à l’intervention de celui qu’ils nomment Père, Vladimir De Mortillet. Adorables bambins, leur peau est si pâle qu’elle en est presque transparente, contrastant avec le noir de leurs yeux vifs qui se posent avec intelligence sur le monde qui les entoure. De nature machiavélique, ils suivent avec brio la voie ouverte par leur créateur, celle de la manipulation de l’esprit des humains, pauvres créatures si faibles par rapport à eux. Cette jolie poupée en est le premier test, le cobaye qui réagit magnifiquement bien, prouvant l’évolution de l’apprentissage des deux enfants. Son passé a disparu de son esprit tourmenté, elle est désormais persuadée d’être une poupée, sans volonté.
Une cloche retentit au fond de la demeure et les deux jumeaux sont soudain surexcités, plus qu’ils ne pouvaient l’être et s’en vont en courant, abandonnant là, la pauvre poupée. Assise face au miroir, ses yeux clignent pour se reconnaître mais rien n’y fait, elle ne voit qu’une poupée, très jolie certes mais qui demeure le terrain de jeu des enfants. Aucune émotion ne traverses ses grands cils noirs et sa bouche se fige en une moue habituelle que les deux bambins adorent.
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Tic Tac Tic Tac
Et les minutes continuent leur lente litanie.
Tic Tac Tic Tac
Entêtante musique qui s’infiltre en tout endroit.
Tic Tac Tic…
L’infernal s’est tu, le silence est revenu.
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La poupée a quitté sa famille d’adoption, les temps changent, les jouets se démodent et terminent à la benne. C’est en ce lieu qu’elle s’est retrouvée, incapable de se souvenir autre chose que son état de poupée. Retrouvée par hasard, elle termine à l’hôpital mais aucun son ne franchit ses lèvres, aucune cause médicale n’oblige à la garder. Incapable de la rejeter à la rue, c’est dans un asile que son histoire pourrait se finir. Elle se laisse faire, ouvre la bouche afin que ceux qui désirent la nourrissent, ne dit rien quand les soignants l’habillent et la déshabillent. Elle ne dit que deux mots étranges, papa, maman qui dans sa bouche sonnent comme deux mots vides de tous sens, donnant l’impression qu’une personne lui a forcé à apprendre. Les jours se déroulent, mornes et vides, sans sens aucun pour la poupée qui pleure l’absence de ceux qui ont occupé ses soirées.
Le cas médical est incompréhensif et les meilleurs spécialistes se penchent sur son cas. Elle ne correspond à aucune description de disparition de jeunes femmes et personne ne sait d’où elle peut venir et ce qu’elle a vécu. Les traitements différents s’enchaînent mais aucun ne montre un résultat. Face à la magie vampirique, rien ne peut avoir d’effet, à jamais la jeune femme demeurera une poupée dans sa tête. Même les autres patients ne s’intéressent à elle, si insignifiante dans sa blouse d’hôpital blanche, son seul vêtement a été déchiré à son entrée aux urgences et rien n’a pu le remplacer. Elle est triste d’être si mal vêtue, comparée aux parures qu’elle a porté mais aucun mot ne s’échappera de ses lèvres, dévoilant ses sentiments intérieurs.
Gaspard, situation étrange d’un homme se prenant pour un vampire, se rapproche de la jolie poupée, de nuit seulement. Car en journée, il est impossible de trouver Gaspard, enfermé dans la pièce aux murs blancs lui servant de chambre. Traité par de nombreuses pilules miracles sans effet, la journée, il est impossible de le réveiller. Il n’est réellement vampire, son coeur battant la chamade et ses joues roses le trahissant aisément mais il ne faut le contredire. De nombreuses fois, il est venu dans les chambres de ses compagnons de galère, mordant leur cou innocent, déclenchant des hurlements à faire dresser les cheveux de toute personne présente. Enfermé de nuit dans sa chambre, il trouve encore le moyen de s’échapper dès que le soleil s’efface à l’horizon, laissant place à la nuit, son meilleur refuge.
Il naît une amitié incompréhensible et inattendue entre les deux jeunes gens qui deviennent inséparables la nuit. La poupée n’émet toujours aucun mot mais supporte la présence de Gaspard, un sourire apparaissant par moment sur ses lèvres trop souvent figées. Lui converse seul, lui racontant des histoires de ce peuple qu’il croit imaginaire, qu’elle a côtoyé plusieurs années durant. Elle revit à ses côtés, ces souvenirs perdus qui seuls la constituent, aucun autre ne se manifestant à sa mémoire. C’est en sa présence que ses premières larmes ont été versé, l’absence des deux bambins, ses propriétaires, se faisant cruellement sentir, n’ayant connu qu’eux. La sensation d’abandon est forte mais avec les contes de Gaspard, elle revit doucement, persuadée qu’un jour, elle les retrouverait. Gaspard, patient, ne cesse de parler, emplissant de sa voix rauque les couloirs mornes de cet asile d’oubliés.
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Tic Tac Tic Tac
L’entêtant est revenu, inlassablement.
Tic Tac Tic Tac
Ne cessent cet éternel et infernal refrain.
Tic Tac Tic Tac
Le temps, notion abstraite, s’écoule encore.
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Tout change, tout s’arrange, tout dérange. Il est arrivé, soignant ne venant que de nuit, veiller sur ceux nommés les fous qui errent en ce lieu. D’une pâleur immortelle, ses yeux d’un noir intenses, il a tout pour rappeler ce mythe que ne cesse de conter Gaspard. Le duo improbable se rapproche de cet homme énigmatique, froid par moment, chaleureux à l’excès dans d’autres. Il représente un espoir pour les deux jeunes fous, l’un de connaître enfin un de ses comparses, l’autre de retrouver ceux qui lui manquent tellement. Les nuits se suivent, une amitié se tissent entre ce trio silencieux, aucun mot n’aidant à ce qu’ils se comprennent. Un regard, un sourire et le flot incessant de paroles de Gaspard qui a trouvé deux interlocuteurs silencieux et inlassables. Parfois le soignant corrige de quelques mots les histoires mystiques de l’humain sous le regard vide de la jolie poupée et celui admiratif du conteur. Le temps s’arrête, délicieusement pour une fois.
Un soir tout dérape, l’impossible se produit et la jolie poupée perd un de ses repères essentiels. Gaspard est retrouvé sans vie sur son lit, perdu dans la blancheur des draps, seules deux gouttes de sang séché à son cou donnent à cette scène un peu de couleur. Le nouveau soignant est là, il a découvert le corps inanimé et sa langue ne cesse de nettoyer ses lèvres comme mue d’une culpabilité visible. La poupée comprend ce qu’il s’est passé, elle a déjà vu les deux bambins tuer des humains, ne leur laissant que deux petites marques dans le cou. Mort inexpliquée, la vie continue en cet asile où rien n’a d’importance mais la poupée se renferme plus sur elle, évitant même le meurtrier. Gaspard avait été son nouveau pilier, elle n’avait de nouveau plus personne, se retrouvant seule et perdue, poupée abandonnée.
Les nuits ne se ressemblent guère dans cet asile où rien n’est identique à la vie à l’extérieur de ces murs lugubres. Le nouveau soignant portant le nom de Zalviro disparut au beau milieu de son service, emportant avec lui la poupée désarticulée. Dans un endroit inconnu de tous il l’amène, elle devient sa marionnette attitrée contre son gré mais par habitude, elle ne peut se rebeller. A la place de deux bambins, elle se retrouve aux mains d’un homme qui se dit être son maître. La douceur enfantine est remplacée par la violence d’un être sans scrupules qui, lisant dans les pensés vides de la poupée, se sert d’elle, abusant de sa naïveté. La chambre grise lui manque, vivant désormais dans un lieu sanglant où le rouge est la couleur primaire et unique. Le temps se passe inlassablement, l’horreur augmentant nuit après nuit dans d’effroyables violences qu’elle ne peut repousser, ne connaissant la défense.
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Tic Tac Tic Tac
Et la mort se laisse attendre.
Tic Tac Tic Tac
Le temps se joue de ses nerfs éreintés.
Tic Tac Tic Tac
Et la fin se présente enfin, inattendue.
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Une nuit, il a disparu abandonnant la jolie poupée à son triste sort, une nouvelle fois elle se retrouve esseulée. Sans personne, elle ne sait comment se débrouiller en cette terre hostile, en ce royaume ennemi. Comme elle s’était retrouvée à la benne, elle se retrouve désormais dans une cellule, attendant un nouveau propriétaire. Elle ne sait où est passé celui qui a tué Gaspard mais elle ne veut le savoir, son esprit est trop vide pour chercher pareille information. Dans cette pièce grise, elle revit les heures d’attente, ne sachant quand viendra le moment de la promenade du soir. Mais elle oublie que les bambins ne viendront plus la chercher, ils ne voulaient plus d’elle, un autre se présentera. Toute sa vie elle demeurera une poupée vide de pensés. Et les heures continuent de défiler tantôt lentement, tantôt plus rapides mais elles demeurent infernales.
C’est une poupée qui fait non, non, non, non
Toute la journée elle fait non, non, non, non
Personne ne lui a jamais appris
Qu’on pouvait dire oui.